Guide du couvreur
Mesurer une toiture sur une vue aérienne
C’est faisable, c’est même la façon la plus rapide de chiffrer un toit sans monter dessus. À condition de savoir ce que la vue du ciel donne, et surtout ce qu’elle ne donne pas.
Pas à pas
La méthode, en cinq étapes
Retrouver le bâtiment par son adresse, sur une vue aérienne prise à la verticale.
Délimiter chaque pan séparément en suivant les arêtes réelles du toit et non le contour du bâtiment. Deux pans pour un toit classique, quatre pour une croupe, davantage avec une extension ou un garage accolé.
Relever la pente de chaque versant au sol, à l’inclinomètre ou au smartphone contre un pignon. C’est la seule donnée que le ciel ne fournit pas.
Convertir en surface développée : surface au sol ÷ cos(pente). Une extension a très souvent une pente différente du corps principal ; les deux se calculent séparément.
Relever les arêtes pour les linéaires : faîtage et égout se mesurent tels quels, rives, noues et arêtiers s’allongent avec la pente.
Les deux premières étapes se font à la souris ou au doigt. Les trois suivantes sont du calcul : le convertisseur de surface développée et celui des diagonales les font pour vous.
À éviter
Les trois pièges qui faussent le résultat
La mesure donne une surface au sol, jamais la toiture
Les outils de mesure des cartes en ligne travaillent sur la projection horizontale : ils mesurent l'ombre du toit, pas le toit. Sur un versant à 35°, la surface réelle est supérieure de 22 % à ce qu'affiche la carte. L'écart atteint 41 % à 45°. C'est la première erreur, et de loin la plus coûteuse.
- 30° → +15 %
- 35° → +22 %
- 45° → +41 %
La carte mesure la longueur au sol ; le couvreur, lui, couvre le rampant. Le bord du toit n’est pas le bord du bâtiment
L'égout déborde du mur, parfois de 30 à 50 cm sur tout le pourtour. Un plan cadastral, lui, trace l'emprise de la maçonnerie : s'en servir pour métrer une couverture revient à oublier une bande de toit tout autour du bâtiment. Sur une maison de 10 × 8 m, ce sont plusieurs mètres carrés par pan.
Maison de 10 × 8 m, débord de 30 à 50 cm : 11 à 19 m² de toit oubliés au sol, avant même la pente. Les vues obliques déforment tout
Dès que la prise de vue n'est pas à la verticale, les parties hautes du bâtiment apparaissent décalées par rapport à leur base : le faîtage « penche » d'un côté. Mesurer sur une vue en perspective ou sur une image 3D produit des longueurs fausses sans qu'on s'en aperçoive. Il faut une orthophotographie, c'est-à-dire une image redressée dans laquelle chaque point est à sa place.
Vu de biais, le faîtage se projette à côté de sa place réelle. L’orthophotographie remet chaque point à l’aplomb.
Quelle imagerie utiliser en France
Les cartes grand public conviennent pour repérer un bâtiment, mais leur imagerie est hétérogène : la résolution, la date de prise de vue et l’angle varient d’une commune à l’autre, et les conditions d’utilisation ne prévoient pas toujours un usage professionnel.
L’IGN publie une orthophotographie de la France entière à 20 cm de résolution, redressée et géoréférencée, diffusée en licence ouverte via la Géoplateforme. C’est la référence pour ce travail : à cette échelle, on distingue les arêtes, les décrochés, les cheminées et les fenêtres de toit, et les distances lues sur l’image sont des distances réelles au sol.
Cartes grand public
- Résolution variable d’une commune à l’autre
- Date de prise de vue variable
- Vues obliques et 3D mêlées
- Usage professionnel pas toujours prévu
Orthophotographie IGN
- La France entière à 20 cm
- Redressée et géoréférencée
- Distances lues = distances au sol
- Licence ouverte, via la Géoplateforme
Questions
Questions fréquentes
Peut-on mesurer une toiture sur Google Maps ?
On peut y mesurer une surface, mais c’est une surface au sol : l’outil travaille sur la projection horizontale et ignore la pente. Il faut ensuite appliquer soi-même la correction de pente (surface au sol divisée par le cosinus de la pente), et s’assurer que la vue utilisée est prise à la verticale : une image oblique ou 3D décale le toit par rapport à son emprise.
Quelle imagerie aérienne utiliser pour métrer un toit en France ?
L’orthophotographie de l’IGN couvre la France entière à 20 cm de résolution. Elle est redressée et géoréférencée, donc les distances lues sur l’image sont des distances réelles au sol, et elle est diffusée en licence ouverte via la Géoplateforme.
Quelle est la précision d’un métré fait du ciel ?
Sur une orthophotographie à 20 cm, un bord de toit se pointe à quelques dizaines de centimètres près, ce qui reste de l’ordre de quelques pourcents sur un pan d’une centaine de mètres carrés. L’incertitude dominante vient de la pente : sur un versant donné pour 35°, se tromper de 5° déplace la surface développée de 5 à 7 %.
Comment connaître la pente sans monter sur le toit ?
En se plaçant face au pignon : la pente se lit à l’inclinomètre posé contre un chevron accessible, ou se déduit de la hauteur de faîtage et de la demi-largeur du bâtiment. Une estimation depuis une photo du pignon reste plus fiable qu’une valeur déduite d’une vue du dessus, où un toit plat et un toit pentu se ressemblent. Là où l’IGN a publié son relief LiDAR HD, la pente peut aussi se lire dans ce relief, mesuré au laser depuis un avion. Le LiDAR HD de l’IGN : couverture et méthode.
Quelles sont les erreurs à éviter en mesurant une toiture du ciel ?
Trois principalement : confondre la surface au sol avec la surface développée (22 % d’écart à 35° de pente), tracer l’emprise du bâtiment au lieu du bord de la couverture, qui déborde du mur, et mesurer sur une vue oblique ou 3D, où les parties hautes apparaissent décalées par rapport à leur base.
Toutes ces étapes, en trois minutes
Adresse, tracé des pans au doigt sur l’ortho IGN, pente au curseur : les surfaces développées, les linéaires par type d’arête et les déductions tombent d’un coup, et repartent en PDF à votre enseigne.
Voir le métrage sur photo aérienne